WILLIAM WEBB ELLIS, L’HOMME QUI A DONNE SON NOM AU TROPHEE DE LA COUPE DU MONDE DE RUGBY.

William Webb Ellis

William Webb Ellis

C’est en 1987, plus de cent ans après sa mort, que le nom d’un paisible pasteur anglican, William Webb Ellis,  a été dévolu à la Coupe du monde de rugby.

Celui-ci est né le 24 novembre 1806 en Angleterre, à Salford, dans le comté de Lancashire ; il y a été baptisé, en l’église de Sacred-Trinity. Son père, James, était officier de dragons, et il est vraisemblable que l’enfant est venu au monde dans la caserne de Regent Road. Sa mère, Anne, était née Webb, et  c’est à elle que son fils doit son deuxième nom. Son frère, Thomas, était de deux ans son aîné.

Nous ne savons pas comment les parents de William se sont rencontrés, mais seulement qu’ils se sont mariés en mars 1804 dans la cathédrale Saint-Peter, à Exeter, dans le comté de Devon. Malheureusement, James Ellis devait périr à peine huit ans plus tard, le Ier juillet 1812, dans le corps expéditionnaire anglais engagé contre les troupes napoléoniennes, près d’Albuera, au Portugal.

Restée veuve, Anne Ellis dût lutter pour élever ses deux fils. C’est sans doute vers 1814 qu’elle a déménagé  à Rugby, dans le comté de Warwickshire, probablement parce qu’elle y avait de la famille. Les deux petits orphelins étaient admis comme élèves à  l’école de Rugby, où ils entrèrent en septembre 1816.

L’installation de la famille Ellis dans cette ville fut suivie d’un événement qui se révéla par la suite  d’une importance décisive : à l’automne 1823, alors qu’il participait à un match de football, dans le quartier de Big Side, le jeune William attrapa le ballon dans ses mains. Selon le règlement en vigueur à l’époque, il aurait dû reculer, sans toutefois se séparer du ballon ; mais il désobéît aux règles du jeu et se rua en avant. Le jeu de rugby a évolué depuis cet instant-là et ce n’est que plusieurs années après que Mathew Bloxham, un contemporain de William, lui a attribué « ce joli manquement aux règles » comme étant le geste fondateur du jeu de rugby football.

Il est bien trop tard aujourd’hui pour faire toute la lumière sur cette affaire, mais …est-ce bien important ? La ville de Rugby a donné son nom au jeu de Rugby football (c’est-à-dire au football tel qu’on le jouait à l’école de Rugby) et  le nom de William Webb Ellis, qui a été donné au trophée de la Coupe du monde de rugby, restera toujours vivant dans le cœur des amoureux du rugby, partout dans le monde.

En 1825, William quitta Rugby pour l’université d’Oxford, où il s’inscrivit au Brasenove College, grâce à une bourse universitaire Iver. Nous ne savons pas s’il continua à jouer au rugby, mais nous savons qu’il a joué au cricket dans l’équipe d’Oxford, opposée à celle de Cambridge en 1827.

Il obtint son diplôme de bachelor of arts en 1829 et celui de master of arts en 1831 puis, ses études supérieures terminées, il entreprit une carrière ecclésiastique l’année suivante et fut nommé diacre, en poste à la paroisse de Gravesend. Il devint ensuite prêtre et ministre du culte de l’église Saint-George, rue Abermarle, à Londres. Il perdit sa mère en 1844, alors qu’il était pasteur à  Saint-Clementes Danes, sur le Strand, et sa mère y fut ensevelie dans la crypte. En 1855,  il quitta Londres pour l’Essex et devint recteur de l’église de Magdalen Laver.

Plaque commémorative du match du bicentenaire

Plaque commémorative du match du bicentenaire

Pendant ce temps, sur la Riviéra, qui commençait à être très connue comme lieu de séjour hivernal,  le docteur James H. Bennet avait lancé une opération d’envergure…Attiré par la douceur du climat, il s’était rendu à Menton en 1859 « pour mourir dans un coin tranquille » de la tuberculose dont il était atteint, ainsi qu’il le déclarait dans son ouvrage publié en 1861 ( il ne devait en fait décéder qu’en 1891 ; il est le créateur de Menton comme station médicale et on lui doit d’avoir organisé à Menton le séjour de la reine Victoria en 1882). Venus du monde entier, et notamment de tout l’Empire britannique, des malades puis des « touristes » vinrent en foule passer l’hiver au «  pays où fleurit l’oranger », sur cette Riviera qui allait devenir la Côte d’azur.

L’annexion à la France, en 1861, fut suivie de grands travaux – tels que la construction du port – et l’arrivée du chemin de fer, en 1869, permit de désenclaver ce village situé sur la nouvelle frontière. Et les Britanniques constituèrent dès le début les plus fervents résidents, saisonniers, de ce village qui prit rapidement l’aspect d’une ville, jusqu’à devenir, en 1892,  « la perle de la France ».

Nous pensons que c’est pour se soigner que William Webb Ellis vint à Menton, où il aurait pu également être nommé – mais ce n’est pas le cas – pour assurer le service de l’église du Christ, située au bord de mer, près de l’actuel Square Victoria, parce que, d’après Le Monde illustré de 1867, « Menton est un bourg anglais ; les insulaires sont chez eux ; les enseignes sont écrites en anglais… ». Nous pensons plutôt à des raisons de santé, parce que le pasteur anglican Ellis ne tardait pas à décéder, le 24 janvier 1872, alors qu’il résidait à l’hôtel d’Italie et de Grande Bretagne (l’actuel immeuble « Bellevue », avenue Laurenti), juste au-dessus de l’église du Christ. Il avait moins de 66 ans, ne laissé aucune descendance, et le fait qu’il avait déjà payé son tombeau permet de penser qu’il avait réalisé le vœu du dr Bennet de 1849, « mourir dans un coin tranquille ».

L’inventeur du jeu de rugby repose toujours dans le Cimetière du Vieux-château, à Menton, et sa sépulture est devenue un lieu de recueillement pour les amoureux de ce sport, né à Rugby en 1823.